Guide pratique Traitement de l’eau

L’eau en bouteille, une fausse bonne idée ?

eau en bouteille

De nombreux Français n’ont pas totalement confiance en l’eau du robinet et se tournent naturellement vers la consommation d’eau en bouteille. Mais ce réflexe est-il totalement anodin pour notre santé et la planète ? Une récente analyse réalisée par la plateforme d’informations Orbmedia montre que l’eau embouteillée est parfois contaminée par des particules de plastique.

Eau en bouteille : les dangers des particules de plastique sur la santé

Pour mener à bien cette étude, des chercheurs américains ont testé l’eau contenue dans 259 bouteilles représentant 11 marques commerciales et distribuées dans 13 pays à travers le monde. Sous la conduite de Sherri Mason, professeure à l’université de l’État de New York, les scientifiques travaillant pour Orbmedia ont mis en évidence que des particules de plastique étaient présentes dans plus de 90 % des échantillons analysés.

Pour aller plus loin, ils ont caractérisé les particules par analyse spectroscopique en les dénombrant et en mesurant leur taille. Résultats :

  • 93 % des échantillons contenaient en moyenne 10,4 particules de plastique ayant un diamètre de 0,10 mm, autrement dit, proche de celui d’un cheveu humain ;
  • 95 % des échantillons d’eau contenaient, en moyenne, 325 particules de plastique ayant un diamètre compris entre 0,065 mm et 0,1 mm (nanoplastiques).

Ces particules de plastique (54 % en polypropylène, 16 % en nylon, 11 % en polystyrène et 10 % en polyéthumène) peuvent avoir différentes origines : le bouchon, la bouteille ou le processus industriel d’embouteillage en lui-même. Une micropollution qui impacte directement l’environnement (sols, océans, air), la faune et l’Homme.

À savoir

Pour les microplastiques d’environ 100 microns, les échantillons d’eau embouteillée contenaient près de deux fois plus de particules par litre (10,2) que les échantillons d’eau du robinet (4,45).

L’importance du traitement de l’eau résidentielle pour la consommation ◇

Mais que connaissons-nous des dangers sanitaires de ces particules de plastiques ? Si l’on se base sur le rapport de 2016 de l’Union européenne sur le plastique dans les produits de la pêche, 90 % des microplastiques traversent l’intestin sans créer de dommages. Le plus inquiétant concerne les 10 % restants : le diamètre de ces particules, retrouvées en majorité dans les eaux en bouteilles testées, est inférieur à 0,15 mm. Cela leur permet de se faufiler dans le système lymphatique (rôle de défense de l’organisme) de l’intestin ou dans la circulation sanguine du foie et des reins. Néanmoins, les études cliniques sont inexistantes dans ce domaine et la communauté scientifique s’interroge sur les effets à long terme d’une telle contamination par des particules de plastiques micrométriques et nanométriques.

Face à ces résultats, les fabricants d’eau embouteillée ont souligné que leurs produits répondent aux exigences gouvernementales, tout en remettant en question le protocole de l’étude. Deux embouteilleurs sur 9 ont également joué le jeu et répété l’expérience pour démontrer que leur eau contenait une infime quantité de particules, allant de 0 à 5 par litre.

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Quel impact sur l’environnement ?

Avec 1 million de bouteilles vendues par minute, dont 82 % d’eau plate et 18 % d’eau pétillante, l’impact de notre consommation d’eau en bouteille demeure préjudiciable pour l’environnement. Et ce, en dépit des récents efforts dans le domaine du recyclage des déchets plastiques.

Pour preuve : seulement 49 % des bouteilles en plastique sont recyclées, le reste est mis en décharge ou incinéré. Et seulement 20 % des bouteilles recyclées seront transformées en nouvelles bouteilles. Le plastique restant sort de la boucle pour être converti en plastique de moins bonne qualité à usage unique.

Côté process, l’empreinte carbone d’une bouteille en plastique reste très importante puisque sa chaîne de fabrication comprend :

  • le transport des matières premières et du produit fini ;
  • la fabrication des plastiques, dérivés du pétrole brut ;
  • un ensemble d’activités de nettoyage, remplissage, entreposage et packaging.

Concrètement, la fabrication d’un litre d’eau en bouteille nécessite 10 cl de pétrole.

Sur les écosystèmes océaniques, les dommages sont notables : 300 millions de tonnes de plastique envahissent les océans. Plastique qui mettra 1 000 ans à se biodégrader. Conséquence : 90 % des oiseaux ont déjà ingéré du plastique et les nanoparticules arrivent à s’immiscer dans toute la chaîne alimentaire marine.

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que la production d’eau en bouteille à grande d’échelle se fait, dans certaines régions du monde, au détriment des ressources locales.

Et pour le consommateur ?

En termes de coût, pour une famille avec deux enfants, la consommation d’eau en bouteille représenterait près de 500 € par an pour 1 litre par jour et par personne.

Avec des effets sur la santé encore inconnus et des dommages environnementaux irréversibles, la consommation d’eau en bouteille semble plus que jamais remise en question. Et ce, particulièrement dans des pays où le traitement de l’eau est contrôlé et sa qualité avérée, comme en France. Avant d’arriver à une consommation mondiale d’eau embouteillée qui atteindrait les 600 milliards de litres par an d’ici 2020, il paraît nécessaire de repenser notre recours systématique aux bouteilles d’eau.

Image à la Une : Public domain pictures.net – Daren Lewis